Appariement dialectal Kurmanji vs. Sorani
Le Kurmanji et le Sorani ne sont PAS interchangeables — un interprète doit correspondre au dialecte spécifique du client. Utiliser un interprète Sorani pour un locuteur Kurmanji de Turquie (ou vice versa) crée des erreurs de communication critiques. Le Kurmanji utilise l'écriture latine et conserve le genre grammatical (noms masculins/féminins) ; le Sorani utilise l'écriture arabe et a perdu le genre grammatical. Le vocabulaire de base et les schémas de conjugaison verbale diffèrent considérablement. Notre processus d'admission identifie le dialecte spécifique et le pays d'origine du client avant l'affectation de l'interprète.
Vocabulaire politique multi-pays
La terminologie politique kurde varie selon le pays d'origine. Un Kurde de Turquie fait référence au PKK, au HDP (Parti démocratique des peuples), au KCK, au MIT (renseignement turc) et aux enquêtes « terör ». Un Kurde irakien fait référence aux peshmergas, aux rivalités entre le PDK et l'UPK, à l'Anfal et aux persécutions de l'ère baasiste. Un Kurde syrien fait référence aux YPG/YPJ, au Rojava, au PYD et au conflit contre l'EI/Daech. Un Kurde iranien fait référence au PDKI, au Komala, aux opérations du CGRI et aux kolbar (porteurs frontaliers). Les interprètes doivent comprendre le cadre politique approprié pour chaque client.
Apatridie et documentation d'identité
Les Kurdes se sont historiquement vu refuser l'identité nationale : la Turquie a interdit la langue kurde jusqu'en 2002 ; le recensement syrien de Hassaké en 1962 a privé 120 000 Kurdes de leur citoyenneté (ajanib/maktoumeen) ; les campagnes d'arabisation de l'Irak ont déplacé de force les Kurdes. Cela signifie que les clients kurdes peuvent avoir des documents en turc, en arabe ou en farsi — mais pas en kurde — et les interprètes doivent expliquer l'écart entre la langue parlée du client et la langue de ses documents aux juges de l'immigration.
Témoignages de traumatismes et de génocide
Les témoignages d'asile kurdes impliquent fréquemment des atrocités de niveau génocidaire : la campagne d'Anfal, l'attaque chimique de Halabja, les charniers, les évacuations forcées de villages (boşaltılan köyler en turc ; qaryakan wêrankirî en Kurmanji), les exécutions extrajudiciaires (faili meçhul dans le contexte turc-kurde) et les atrocités de l'EI contre les Kurdes yézidis à Sinjar/Shengal. Les interprètes doivent restituer ces témoignages avec une précision exacte, en transmettant la terminologie spécifique de la souffrance kurde sans euphémiser ni paraphraser.